Compte-rendu du colloque « Radios libres, 30 ans de FM°: la parole libérée°? » par Sebastien Poulain

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Voici un compte-rendu du Colloque international « Radios libres, 30 ans de FM°: la parole libérée°? » organisé par le GRER à Paris les 20 et 21 mai 2011 dans la revue Le Temps des Médias (n°17, 2011).

Le dernier colloque GRER a débuté par une exposition au titre attrayant°: Eldoradio. Son contenu l’était tout autant puisque le centre d’art et de recherche Bétonsalon (à quelques mètres de l’amphithéâtre Buffon de Paris VII Diderot donc du colloque) a fait collaborer chercheurs, étudiants, artistes et documentaristes autour d’archives collectées essentiellement par Joëlle Girard, exposés via divers supports (MP3, écrans, posters, photos, revox) et contextualisés à travers une frise chronologique (issue de la Bataille des radios libres de Thierry Lefebvre) et des commentaires de radiophiles.
Une visite et le suivi des activités en parallèle (écoutes, projections, atelier d’imitation des pirates…) étaient nécessaires pour entrer dans un colloque sur une histoire – la libération/libéralisation de la FM – devenue un mythe entretenu par des anniversaires permanents : Mitterrand au pouvoir le 10 mai 1981, loi de dérogation du 9 novembre 1981, loi d’abrogation du 29 juillet 1982 et les fondations de radios, syndicats, associations (25 ans des radios libres à Arcueil par exemple).
Les héritiers des radios libres semblent croître d’année en année et chacun semble avoir son opinion sur ce qu’elles ont été, auraient dû ou devraient être °: radios jeunes (Skyrock), locales et leurs syndicats associatifs (SNRL, CNRA) ou non (SIRTI), musicales associatives (Néo) ou non (Nova), émissions interactives associatives (Ici&Maintenant) ou non (RMC), web associatives (Oto) ou non (Goom) et même une radio d’État (France Culture).
L’expression « radio libre » – apparue dans un Libération de février 1975 – a d’ailleurs vite rencontré un succès grâce à sa définition polysémique et ouverte, et sa connotation positive et consensuelle. Mais une radio libre est-elle celle qui en prend le nom, qui n’est pas autorisée, qui combat et émet malgré un monopole, ou qui est participative, alternative, démocratique…?
La question de la libération de la parole pose une difficulté supplémentaire qui achoppe sur le concept, très métaphysique, de liberté. Est-ce une liberté économique, juridique, politique, journalistique°? Les radios libres en disposaient-elles davantage que les précédentes (publiques et périphériques) ou suivantes (locales et réseaux privés)°?
Fidèle à ses habitudes, le GRER a fait s’interroger des acteurs variés°: chercheurs (infocomistes, historiens, sociologues) internationaux (Belgique, Espagne, Angleterre, Afrique, Italie), cinéaste (Cadière), archiviste (Berahou), syndicats (CNRA, SNRL, SIRTI), politique (Cotta), journaliste (Lorrai), éditeur (Sauvage), sondeur (Durand), radiolibristes (Bellanger, Badiche, Massit-Folléa, Sertillanges) sans compter les posters de présentation (Médiamétrie, Eldoradio.fr, Experimentelles Radio, Schoop.fr, Saooti, CHR), un studio de radio FRADIF (Campus/Sensation) et un public de radiophiles radioactifs.
La plupart s’accorde pour dire que le mouvement des radios libres se compose d’un ensemble d’individus et groupements plus ou moins organisés, professionnels, solidaires, politisés, influencés par des mythes (Mai 68, Révolution française), utopies (cybernéticienne, deleuzoguattarienne), filiations (offshore, italiennes) et soutiens (New Left, contreculture), et qui agissent principalement entre 1977 et 1981 de façon plus ou moins directe, régulière et intensive via divers procédés militants dans le but de modifier la législation relative à la communication°: obtenir le droit de réaliser et diffuser des programmes radiophoniques sur et depuis le territoire français, et donc supprimer le monopole de 1945.
De ce point de vue, c’est une réussite (bien qu’inéluctable). Cependant, confrontées à de nombreuses difficultés – autorités politiques dépassées et réticentes, lenteur administrative, rapports de force déséquilibrés, intérêts pluriels, manque de financement -, beaucoup de radios libres, affaiblies et déçues, n’ont pu réaliser que sporadiquement leurs potentialités libératoires – subversion et militantisme, critique sociale et contre-information, démocratisation et éducation –, une programmation fondamentalement culturelle et artistique, sociale et politique, formellement exigeante et alternative, élitiste et populaire, grâce à un modèle économique sans considération d’audience.
Mais à quel point cette libération était-elle souhaitée par les auditeurs°? Ne voulaient-ils pas simplement davantage de choix ? Le divertissement musical et ludique est-il condamnable par nature pour aliénation et apolitisme°? Les financements publics et publicitaires font-ils perdre toute crédibilité à une rédaction et dissoudre toute impertinence°? Les forts ou faibles taux d’audience sont-ils synonymes ou antonymes de qualité de programme ?
Quoiqu’il en soit, les radiolibristes peuvent s’enorgueillir d’avoir contribué à créer un espace public audiovisuel plus autonome et pluraliste – à l’instar des radios associatives fragiles et discrètes mais diverses et nombreuses (600) grâce au FSER – qui s’adapte aujourd’hui aux enjeux de l’économie du numérique et d’internet…
L’effort de contextualisation historique, géographique, sociale et économique de ce colloque a enrichi la réflexion sur les Mouvements Sociaux Informationnels et Médiatiques, l’histoire culturelle et les études radiophoniques.

Source : POULAIN Sebastien, compte-rendu « Colloque international « Radios libres, 30 ans de FM°: la parole libérée°? », organisé par le Groupe de Recherches et d’Études sur la Radio, Paris, 20-21 mai 2011 », Le Temps des Médias, n°17, 2011, http://www.cairn.info/revue-le-temps-des-medias-2011-2-p-208.htm

 

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